Piège à fouine : peut-on piéger une fouine, et faut-il le faire ?

Une fouine dans le grenier donne vite envie d’acheter un piège-cage pour la relâcher en forêt. En France, ce n’est pas si simple : le piégeage de la fouine est encadré par deux arrêtés, qui ne prévoient pas de relâcher ailleurs une fouine capturée. Avant d’acheter un piège, voici les règles à connaître et les solutions qui évitent le retour de la fouine.
Peut-on piéger une fouine ?
Seulement dans les départements où elle est classée espèce susceptible d’occasionner des dégâts. La liste, département par département, est fixée par l’arrêté du 10 août 2026. Là où elle est classée, la fouine peut être piégée toute l’année dans certains lieux, notamment à moins de 250 m d’un bâtiment ou d’un élevage.
Dans un département où elle n’est pas classée, ce texte ne permet pas de la piéger. Et même là où elle l’est, les autres conditions de l’arrêté du 29 janvier 2007 s’appliquent. Vérifiez le classement auprès de la préfecture ou de la direction départementale des territoires (DDT) avant d’acheter quoi que ce soit.
Les pièges autorisés
L’arrêté du 29 janvier 2007 fixe quatre catégories de pièges. Deux concernent la fouine en pratique :
- la catégorie 1 : les boîtes à fauves et pièges-cages, qui capturent l’animal en l’enfermant dans un espace clos. Le texte permet de les placer en tous lieux, sous réserve des autres règles du piégeage ;
- la catégorie 2 : les pièges destinés à tuer l’animal, déclenchés par une palette, un appât ou un autre système. Leur modèle doit être homologué et porter une marque qui l’identifie, comme pour les catégories 3 et 4. Ils sont interdits à moins de 200 m des habitations d’autrui et à moins de 50 m des routes et chemins ouverts au public. Cette règle ne vaut pas dans les lieux de l’exception décrite plus bas.
Les pièges qui noient l’animal sont interdits. Un piège acheté en magasin ou sur internet n’est donc pas forcément utilisable : vérifiez sa catégorie et, pour un piège qui tue, son homologation.
L’appât : l’œuf et ses règles
L’œuf est l’appât le plus cité pour la fouine, et la réglementation le confirme à sa façon : l’arrêté du 29 janvier 2007 encadre les « pièges à œuf ». Ils ne peuvent être tendus que la nuit et doivent être détendus ou neutralisés dans les deux heures qui suivent le lever du soleil. Cette règle ne s’applique pas quand l’œuf est placé dans un jardinet ou une caisse qui le rend invisible de l’extérieur, ni dans les lieux de l’exception décrite ci-dessous.
Agrément, déclaration et bilan
En principe, la personne qui pose les pièges doit être agréée par le préfet et déclarer ses pièges en mairie. Cette déclaration vaut trois ans.
L’article 20 prévoit une exception pour le piégeage à l’intérieur des bâtiments, des cours et jardins, des élevages et des enclos attenants à la maison. Là, certaines obligations ne s’appliquent pas, dont l’agrément et la déclaration en mairie. En contrepartie, si vous avez piégé au moins une fois entre le 1er juillet et le 30 juin, il faut envoyer un bilan annuel des captures. Il est adressé au préfet et à la fédération départementale des chasseurs, au plus tard le 30 septembre. Il indique notamment le lieu, les espèces, le nombre d’animaux, même pris par erreur, et la raison du piégeage.
Cette exception ne dispense pas des autres règles, en particulier la visite des pièges et le sort des animaux capturés. En règle générale, les pièges doivent être visités chaque matin, au plus tard à midi, par le piégeur ou une personne qu’il désigne. Le texte prévoit des règles particulières pour certains pièges et admet, sous conditions, un contrôle à distance.
Que faire d’une fouine capturée ?
C’est le point que beaucoup ignorent. Quand une fouine classée dans le département est capturée, l’arrêté du 29 janvier 2007 impose sa mise à mort immédiate et sans souffrance. Il ne prévoit pas de la relâcher ailleurs. Seuls les animaux pris par erreur qui ne font pas partie des espèces classées, un chat ou un hérisson par exemple, doivent être relâchés sur-le-champ.
Si vous ne voulez pas tuer la fouine, ne la piégez pas : faites-la partir, puis fermez derrière elle.
Pourquoi le piège ne règle pas le problème
La LPO Alsace le résume ainsi : le piégeage est une solution provisoire. Une fois l’animal enlevé, une autre fouine a de fortes chances d’occuper le territoire libéré. François Léger, spécialiste de la fouine à l’ancien Office national de la chasse et de la faune sauvage, va dans le même sens dans La Hulotte : la seule solution valable à long terme est de supprimer les accès.
La méthode est détaillée sur notre page fouine : boucher tous les accès sauf un, faire partir l’animal, vérifier qu’il est sorti, puis fermer le dernier passage, de préférence de septembre à février. Un trou de 5 cm de haut sur 7 cm de large lui suffit, et un arbre à plus d’un mètre du toit peut lui servir de passerelle.
Ultrasons et répulsifs pour fouine
Les appareils à ultrasons, les répulsifs olfactifs, la lumière ou une radio allumée cherchent tous à déranger la fouine. Ils peuvent l’inciter à partir pendant la fermeture des accès, mais pas l’empêcher de revenir. Pour François Léger, il n’existe pas vraiment de répulsif qui empêche une fouine d’entrer dans un bâtiment, et l’animal s’habitue aux produits. La brochure de la ville de Klagenfurt le confirme : seule la fermeture des accès protège durablement.
Nous n’avons trouvé aucune évaluation officielle de l’efficacité des appareils à ultrasons contre la fouine. Cela ne prouve pas qu’ils n’ont aucun effet, mais ils ne peuvent pas être présentés comme une solution durable.
Faire appel à un professionnel
Si vous voulez quand même un piégeage, confiez-le à un piégeur agréé ou à une entreprise qui travaille avec un piégeur agréé. Demandez son numéro d’agrément, et ce qu’il fera de l’animal capturé. La DDT ou la fédération départementale des chasseurs peuvent vous orienter.
Pour la fermeture des accès sur le toit, un couvreur est souvent plus utile : François Léger conseille de faire consolider les raccords de toiture douteux, au besoin avec une plaque de zinc. Pour d’autres animaux du grenier, comme le loir ou le lérot, les règles et les méthodes sont différentes.
Sources
- Légifrance – Arrêté du 29 janvier 2007 fixant les dispositions relatives au piégeage (version en vigueur au 29 octobre 2026, articles 2, 3, 5, 11, 13, 14, 15 et 20)
- Légifrance – Arrêté du 10 août 2026 fixant la liste, les périodes et les modalités de destruction des espèces susceptibles d'occasionner des dégâts (JO du 21 août 2026)
- LPO Alsace et GEPMA – Fiche « La fouine » (médiation faune sauvage)
- La Hulotte – « J'ai une fouine dans mon grenier », avec l'avis de François Léger (ONCFS), janvier 2007
- Ville de Klagenfurt (Autriche), service climat et environnement – Brochure « Untermieter » : loir et fouine dans les bâtiments


