Le ragondin : le reconnaître, est-il dangereux, que faire au bord de l'eau

Le ragondin est un gros rongeur brun qui vit au bord des rivières, des étangs, des marais et des fossés. On le croise au fond d’un jardin qui longe l’eau, sur la berge d’une mare ou en train de nager dans un canal. Venu d’Amérique du Sud, il creuse les berges, mange les cultures et peut transmettre la leptospirose. En France, sa régulation est encadrée par des règles précises.
À quoi ressemble un ragondin ?
C’est un rongeur massif, à moitié aquatique. La fiche de l’Irstea lui donne un corps de 50 à 60 cm, plus une queue d’environ 40 cm. Il pèse 6 kg en moyenne et jusqu’à 10 kg. Les signes qui ne trompent pas :
- des incisives orange, larges et toujours visibles ;
- de longues moustaches blanches autour du museau ;
- une queue ronde, cylindrique, presque nue ;
- des pattes arrière palmées ; les pattes avant ne le sont pas et portent de fortes griffes ;
- un pelage brun à brun-jaune, avec le bout du museau blanc.
Dans l’eau, la tête et le haut du dos restent visibles, selon la fiche de l’ONEMA. Son nom scientifique est Myocastor coypus. En anglais, on l’appelle coypu ou nutria.

Ragondin, rat musqué, castor ou loutre : comment les distinguer ?
Ces quatre animaux vivent au bord de l’eau et se confondent de loin. La queue est le meilleur indice. Le tableau reprend la fiche d’info fauna, complétée par celles de l’ONEMA et du Luxembourg. Les mesures sont indicatives et varient selon les sources.
| Ragondin | Rat musqué | Castor | Loutre | |
|---|---|---|---|---|
| Tête et corps | 37 à 65 cm | 24 à 40 cm | 75 à 100 cm | 65 à 95 cm |
| Poids | 4 à 10 kg | 0,6 à 2,4 kg | 15 à 38 kg | 4 à 12 kg |
| Queue | ronde, presque nue | aplatie sur les côtés | plate et large, en palette | ronde, poilue, épaisse à la base et pointue |
| Moustaches | blanches, longues | noires | brunes | blanches |
| Dents | incisives orange vif | incisives orange | incisives orange | dents de carnivore, avec des canines |
| Pattes palmées | arrière seulement | aucune, doigts bordés de poils raides | arrière seulement | les quatre pattes |
| À la nage | tête et dos visibles | corps bien sorti de l’eau, la queue ondule | seule la tête dépasse | corps allongé, hydrodynamique |


Le rat musqué est le plus souvent confondu. Il pèse environ 1 kg, plusieurs fois moins qu’un ragondin adulte, et ses moustaches sont sombres. Au moindre doute, regardez la queue : ronde chez le ragondin, aplatie sur les côtés chez le rat musqué.
Bien identifier l’animal compte : le ragondin peut être régulé, alors que le castor et la loutre sont des espèces protégées. L’arrêté du 23 avril 2007 interdit de les tuer, de les capturer ou de les déranger, et de détruire leurs gîtes. La loutre peut d’ailleurs utiliser d’anciens terriers de ragondin, note la FREDON Bretagne. En cas de doute, l’Office français de la biodiversité (OFB) peut vous renseigner.
Crotte de ragondin, empreintes, coulées : reconnaître ses traces
Le ragondin sort surtout au crépuscule et la nuit, mais on peut aussi le voir en journée. On le repère souvent à ses traces, décrites par la FREDON Bretagne :
- les crottes : cylindriques, verdâtres, cannelées, effilées à un bout, d’environ 3 cm sur 1 cm ;
- les empreintes : pattes arrière palmées, souvent avec la trace de la queue traînée dans la vase ;
- les coulées : des passages de 15 à 20 cm de large dans les herbes du bord de l’eau, et des glissades sur la berge ;
- les terriers creusés dans la berge, où il met bas et s’abrite du froid.
Les crottes du rat musqué sont bien plus petites, 10 à 12 mm, souvent en tas sur un point en hauteur. Une crotte seule ne suffit pas toujours : cherchez aussi les empreintes, les coulées et les terriers.
D’où vient le ragondin et où vit-il en France ?
Il est originaire d’Amérique du Sud. Selon la fiche de l’ONEMA, les premiers ragondins arrivent en France à la fin du XIXe siècle, dans des parcs zoologiques. L’élevage pour la fourrure commence en 1927 et prospère à la fin des années 1950. Les évasions et les lâchers, sa fécondité et le manque de prédateurs lui ont permis de coloniser le pays. L’élevage est abandonné au milieu des années 1980.
Aujourd’hui, la même fiche le signale dans tous les départements de métropole, sauf en Corse. Il occupe tous les milieux d’eau douce : marais, rivières, fossés de drainage, étangs, canaux.
Que mange le ragondin et à quelle vitesse se multiplie-t-il ?
Il est presque uniquement herbivore. Il mange les plantes aquatiques et les herbes des rives, mais aussi le maïs et les céréales des champs voisins.
Il peut se reproduire toute l’année. D’après la fiche de l’ONEMA, une femelle peut avoir 2 à 3 portées par an, en général de 5 à 7 jeunes, après une gestation de 127 à 138 jours. Les jeunes peuvent se reproduire dès 5 ou 6 mois. Ces chiffres varient selon les individus et le milieu. Dans la nature, un ragondin vit environ 4 ans.
Quels dégâts fait le ragondin ?
Les plus visibles sont ceux qu’il fait aux berges. En creusant ses terriers dans les rives des cours d’eau et les digues d’étangs, il les fragilise : elles peuvent s’affaisser, s’effondrer ou fuir. La FREDON Bretagne cite aussi les dégâts aux cultures (maïs, céréales) et la perturbation des milieux naturels, en particulier des oiseaux et des frayères.
Au jardin, ce sont donc surtout la berge d’une mare ou d’un étang et les plantations proches de l’eau qui sont exposées. Le ragondin vit au bord de l’eau et creuse son terrier dans la berge. Contrairement à la fouine, on ne le trouve pas dans les combles.
Le ragondin est-il dangereux ? Maladies et morsures
Le principal risque est sanitaire : la leptospirose. Selon Santé.fr, les rats en sont le réservoir principal. D’autres animaux, dont le ragondin, peuvent aussi porter la bactérie, sans que tout contact soit contaminant. Les animaux infectés la rejettent dans leur urine. Elle survit ensuite dans l’eau douce et la boue, et entre par une petite plaie ou par les yeux, le nez ou la bouche.
D’après Santé.fr, 600 à 700 cas de leptospirose sont recensés chaque année en France hexagonale. POLLENIZ cite aussi la morsure parmi les voies de contamination. Les précautions données par les autorités sanitaires :
- ne touchez pas un ragondin, vivant ou mort, à mains nues ;
- protégez vos plaies par un pansement étanche avant de travailler au bord de l’eau ;
- portez bottes et gants étanches pour curer une mare ou nettoyer une berge ;
- après un contact avec l’eau ou la boue, lavez-vous au savon et rincez-vous à l’eau potable.
La leptospirose ressemble au début à une grippe : fièvre, douleurs musculaires, maux de tête. En cas de fièvre dans les 3 semaines qui suivent un contact avec l’eau douce ou un animal, consultez rapidement un médecin et précisez-lui ce contact. Après une morsure, lavez la plaie à l’eau et au savon, désinfectez-la et consultez rapidement un médecin. Il vérifiera aussi votre vaccination contre le tétanos.
Que dit la loi sur le ragondin ?
Le ragondin cumule plusieurs statuts :
- il figure depuis 2016 sur la liste des espèces exotiques envahissantes préoccupantes pour l’Union européenne (règlement d’exécution 2016/1141), rappelle la fiche du Luxembourg ;
- en France, l’arrêté du 2 septembre 2016 le classe parmi les espèces non indigènes susceptibles d’occasionner des dégâts (ESOD, anciennement « nuisibles ») dans toute la métropole ;
- le même texte permet de le piéger en tout lieu, de le tirer et de le déterrer, toute l’année, en respectant les règles propres à chaque méthode.
Le poison n’est pas prévu : l’arrêté de 2016 ne cite que le tir, le piégeage et le déterrage. L’arrêté du 6 avril 2007 sur le ragondin et le rat musqué ne permettait la lutte chimique qu’à titre exceptionnel, et seulement jusqu’au 31 mai 2009. N’utilisez donc pas de raticide : chaque produit ne vise que les espèces inscrites sur son étiquette, et le poison tue aussi d’autres animaux.
J’ai un ragondin dans mon jardin ou mon étang : que faire ?
N’essayez pas d’attraper ou de manipuler l’animal vous-même. Éloignez les enfants et les animaux domestiques, et évitez le contact avec ses crottes et l’eau qu’il fréquente. Renseignez-vous ensuite localement. Plusieurs interlocuteurs peuvent vous aider :
- la mairie : elle peut vous dire si une campagne de lutte collective existe sur la commune ;
- la FREDON ou le groupement de défense contre les organismes nuisibles (FDGDON, GDON) : dans beaucoup de départements, ils organisent la lutte collective contre le ragondin et le rat musqué ;
- la préfecture ou la direction départementale des territoires : elles publient les arrêtés qui s’appliquent dans votre département.
Le droit de détruire un ragondin appartient au propriétaire, au possesseur ou au fermier du terrain. Il peut agir lui-même ou déléguer ce droit par écrit, dans les conditions du Code de l’environnement, rappelle la FREDON Bourgogne-Franche-Comté.
Piège à ragondin : ce que dit l’arrêté du 29 janvier 2007
On le capture en général avec une cage-piège, qui garde l’animal vivant. Les règles principales de l’arrêté du 29 janvier 2007 :
- L’agrément. En principe, tout piégeur doit être agréé par le préfet, après une formation d’au moins 16 heures. Il en est dispensé pour capturer des ragondins avec des boîtes ou des cages dans le cadre des opérations de lutte collective menées par les groupements de défense agréés.
- La déclaration en mairie. Hors du cas du jardin décrit ci-dessous, il faut déclarer le piège au maire de la commune avant de le poser. La déclaration vaut trois ans.
- Le cas du jardin. L’agrément et la déclaration ne s’appliquent pas à l’intérieur des bâtiments, des cours, des jardins et des installations d’élevage, ni dans les enclos attenants à l’habitation. Si vous avez piégé au moins une fois entre le 1er juillet et le 30 juin, envoyez un bilan des captures avant le 30 septembre suivant. Il est adressé au préfet et à la fédération départementale des chasseurs.
- La visite. Chaque piège doit être visité tous les matins, au plus tard à midi, même dans un jardin. Une cage équipée d’une balise qui signale la capture peut être visitée plus tard : au plus tard deux heures après le lever du soleil si elle s’est déclenchée la nuit, et dans les 5 heures si elle s’est déclenchée de jour.
- Le sort de l’animal. Un ragondin capturé doit être mis à mort tout de suite et sans souffrance. Les pièges qui tuent par noyade sont interdits.
Si la cage retient un castor, une loutre ou un autre animal non visé, relâchez-le sur place, immédiatement. Le tir, lui, demande un permis de chasser validé, ne se pratique que de jour et suit les règles de sécurité de la chasse. Avant d’agir, faites-vous confirmer ces règles par votre mairie ou votre FREDON : des arrêtés préfectoraux peuvent les compléter. Le fonctionnement des cages est détaillé sur notre page piège à rats.
Les erreurs à éviter
- Empoisonner : les textes ne le prévoient plus contre le ragondin, et le poison peut tuer d’autres animaux.
- Le confondre avec un castor ou une loutre : détruire ou capturer ces espèces protégées est interdit.
- Le noyer dans la cage : les pièges à noyade sont interdits.
- Le manipuler sans gants, ou se baigner avec une plaie dans une eau qu’il fréquente.
Sources
- ONEMA et GT IBMA (UICN) – Fiche d'identification « Ragondin, Myocastor coypus », recueil des espèces exotiques envahissantes des milieux aquatiques (rédaction F. Léger, ONCFS)
- Irstea (E. Mazaubert) – Fiche « Ragondin (Myocastor coypus) », centre de ressources espèces exotiques envahissantes
- Ministère de l'Environnement du Luxembourg – Fiche d'identification « Ragondin, Myocastor coypus » (espèces exotiques envahissantes)
- info fauna (centre suisse de cartographie de la faune) – La loutre : risque de confusion avec d'autres espèces
- FREDON Bretagne – Les vertébrés nuisibles : les mammifères semi-aquatiques
- Santé.fr (ARS Bourgogne-Franche-Comté) – La leptospirose : transmission, symptômes, prévention (août 2026)
- ARS Auvergne-Rhône-Alpes – Repères : focus sur la leptospirose (juillet 2025)
- POLLENIZ (organisme à vocation sanitaire des Pays de la Loire) – Flash sanitaire n° 58 : spécial leptospirose, été 2019, publié sur le site de l'ARS Pays de la Loire
- AIDA (Ineris) – Arrêté du 2 septembre 2016 relatif au contrôle par la chasse des populations de certaines espèces non indigènes (NOR DEVL1624858A)
- AIDA (Ineris) – Arrêté du 6 avril 2007 relatif au contrôle des populations de ragondins et de rats musqués (NOR AGRG0753551A)
- Légifrance – Arrêté du 29 janvier 2007 fixant les dispositions relatives au piégeage (version en vigueur au 30 octobre 2026, articles 2, 5, 6, 11, 13, 20 et 21)
- Légifrance – Arrêté du 23 avril 2007 fixant la liste des mammifères terrestres protégés (version en vigueur au 30 octobre 2026)
- FREDON Bourgogne-Franche-Comté – Régulation des populations de ragondins et de rats musqués : récapitulatif de la réglementation (mise à jour 2024)



