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La musaraigne : la reconnaître, la distinguer d'une souris et que faire si elle entre dans la maison

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En brefLa musaraigne est un petit mammifère insectivore au long museau pointu, pas un rongeur. Elle mange surtout des insectes, des vers et des limaces. Si elle entre chez vous, faites-la sortir sans la toucher à mains nues, puis bouchez l'accès. Elle peut mordre si on la saisit. Les deux crossopes, qui vivent près de l'eau, sont protégées en France. N'utilisez pas de raticide : ces produits visent les rongeurs.
Crocidure musette, petite musaraigne brun clair au long museau pointu, posée sur des feuilles mortes dans l'herbe
Photo : Balles2601 (iNaturalist), CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons (redimensionnée).

La musaraigne est ce petit animal gris-brun au long museau pointu que l’on surprend le long d’un mur, ou que le chat rapporte mort sur le paillasson. On la prend presque toujours pour une souris. Ce n’en est pas une : elle mange des insectes et elle ne se traite pas de la même façon.

La musaraigne n’est pas un rongeur

La souris est un rongeur. La musaraigne est rangée parmi les insectivores, comme la taupe, rappelle le manuel de l’université du Nebraska sur les dégâts de la faune (R. H. Schmidt, 1994). Les classifications récentes parlent d’eulipotyphles. Elle cousine donc avec la taupe du jardin, pas avec la souris de la cuisine.

La « musaraigne-éléphant », très recherchée sur Internet, est un autre animal : il vit en Afrique et n’est pas apparenté à nos musaraignes, selon l’encyclopédie animale de Grzimek.

Comment reconnaître une musaraigne ?

Regardez d’abord la tête. Le museau est long et pointu, les yeux sont minuscules, le pelage est dense et velouté. L’animal dégage souvent une odeur forte quand il est dérangé, note une fiche de l’université du Minnesota.

L’atlas des mammifères de la LPO Auvergne-Rhône-Alpes recense 11 espèces de musaraignes et de crossopes dans cette seule région. Il est souvent impossible de les distinguer à l’œil nu : il faut parfois des mesures du crâne et des dents, voire une analyse génétique. Ce tableau donne donc des repères, pas une identification sûre.

EspèceTaille et poidsRepèresOù on la trouveProtégée ?
Crocidure musette (Crocidura russula)4,4 à 8,6 cm sans la queue, 5 à 16 gdents blanches, oreilles visibles, queue à longs poilsjardins, compost, granges, vieux murs, maisonsnon
Musaraigne carrelet et couronnée (Sorex)5 à 8 cm sans la queue, 5 à 14 g (carrelet)pointes des dents rouges, dos sombre, flancs plus clairslitière de feuilles, végétation densenon
Musaraigne pygmée (Sorex minutus)3,6 à 6,9 cm, 3 à 6 gqueue épaisse et bien poiluemilieux frais et humides, semble absente des villesnon
Musaraigne étrusque ou pachyure (Suncus etruscus)5,4 à 8,4 cm queue comprise, 2,5 g au plusdents blanches, pelage grismurs de pierres sèches, zones chaudes du Sudnon
Crossope aquatique ou musaraigne aquatique (Neomys fodiens)environ 8 cm sans la queue, jusqu’à 20 gdos noir, ventre souvent blancruisseaux, mares, étangs, tourbièresoui
Crossope ou musaraigne de Miller (Neomys anomalus)6,4 à 8,8 cm sans la queue, 8 à 16 gdos gris foncé à noir, ventre plus clairberges, prairies humides, surtout en montagneoui

Les chiffres viennent de l’atlas de la LPO, sauf pour la crocidure musette et la musaraigne carrelet (Mammal Society britannique). Les couleurs de dents se voient rarement sur un animal vivant.

La crocidure musette est celle que vous avez le plus de chances de croiser chez vous. Le Groupe mammalogique breton la présente comme la musaraigne la plus connue du grand public, souvent trouvée près des habitations. Le nom « musaraigne commune » n’a pas de sens précis dans les fiches françaises que nous avons lues : le common shrew britannique correspond à la musaraigne carrelet.

Crocidure musette vue de près, pelage gris-brun, long museau pointu, petits yeux et oreille ronde
Une crocidure musette vue de près : long museau pointu, yeux minuscules, petite oreille ronde visible dans le pelage. Photo : Sjonge (Wikipédia en anglais), Domaine public, via Wikimedia Commons (redimensionnée).

Musaraigne ou souris : comment faire la différence ?

Le museau suffit le plus souvent. Une souris n’a pas ce long museau effilé : ses yeux sont plus grands et ses oreilles larges bien visibles. Les autres différences se vérifient sur un animal mort ou immobile.

Musaraigne (crocidure musette)Souris domestique
Groupeinsectivorerongeur
Museaulong et pointusans long museau effilé
Yeuxminusculesplus grands, noirs et saillants
Doigts des pattes avant54
Longueur sans la queue4,4 à 8,6 cm7,5 à 10 cm
Queue2,4 à 4,7 cm5 à 10 cm, presque nue, à anneaux
Poids5 à 16 g11 à 26 g
Nourritureinsectes, vers, limaces, cloportesomnivore : céréales, graines, racines, larves
Crottesparfois torsadées (source américaine)3 à 6 mm, comme un grain de riz

Le tableau reprend le manuel de l’université du Nebraska, la Mammal Society, l’Internet Center for Wildlife Damage Management et l’université de Californie. Pour les crottes de souris, voir notre page crotte de souris.

Le mulot se distingue de la même façon. C’est un rongeur, et la LPO décrit ses gros yeux proéminents et ses grandes oreilles toujours bien visibles, à l’opposé de la musaraigne. Il mange surtout des graines et des fruits secs.

Que mange une musaraigne ?

Elle mange surtout des insectes, puis des vers de terre, des araignées, de petites limaces et des escargots, selon la Mammal Society. La fiche de la crocidure musette ajoute les cloportes et les chenilles, et parfois un petit rongeur ou un lézard. Le manuel du Nebraska signale qu’une musaraigne peut aussi toucher à des aliments stockés et les souiller, mais ce n’est pas le fond de son régime.

Son appétit est hors norme. La musaraigne carrelet doit manger 80 à 90 % de son poids par jour et se nourrir toutes les 2 à 3 heures, selon la Mammal Society. Les chiffres varient d’une source et d’une espèce à l’autre : l’atlas de la LPO donne jusqu’à 92 % pour la musaraigne pygmée et environ deux fois son poids pour la pachyure étrusque.

Au jardin, c’est une alliée plutôt qu’un problème. Le manuel du Nebraska la juge généralement utile parce qu’elle consomme des insectes, et indique que la plupart des espèces ne sont pas assez abondantes pour être considérées comme nuisibles. Nous n’avons trouvé aucune étude française qui chiffre cet effet sur un potager : ne comptez pas sur elle pour régler seule un problème de limaces.

Pourquoi une musaraigne entre-t-elle dans la maison ?

Pour s’abriter et se nourrir. La LPO présente la crocidure musette comme la plus liée à l’homme des musaraignes : on la capture souvent dans les maisons, où les hivers sont moins rudes. La Mammal Society note qu’en hiver elle préfère les habitations et les bâtiments agricoles.

Certaines arrivent par accident, en tombant dans une courette ou un soupirail de cave. D’autres sont apportées par le chat. Selon le manuel du Nebraska, le chat les chasse bien mais les mange rarement, sans doute à cause de leur odeur. C’est pourquoi on les retrouve mortes et intactes.

Plusieurs musaraignes dans la maison méritent un contrôle. D’après l’université du Minnesota, les dégâts sont rares, mais leur présence en nombre peut signaler autre chose : des souris ou de gros insectes dont elles se nourrissent.

Comment faire sortir une musaraigne sans la tuer ?

Il n’existe pas, dans les sources officielles consultées, de protocole français pour ce cas. Les gestes ci-dessous sont des précautions pratiques, pas une procédure réglementaire. Une seule règle vient d’une autorité sanitaire : l’office de santé de Bavière demande de ne pas toucher une musaraigne, vivante ou morte, à mains nues.

  1. Isolez la pièce. Fermez les portes intérieures, sortez le chat et le chien.
  2. Ouvrez une porte vers l’extérieur et laissez la pièce calme un moment. L’animal longe souvent les murs : dégagez le passage jusqu’à la sortie.
  3. Si elle reste, capturez-la avec un récipient. Posez un seau ou une boîte par-dessus, glissez un carton rigide dessous, et gardez des gants épais.
  4. Relâchez-la dehors sans attendre, tout près de la maison, dans un coin abrité.

Inutile de l’emporter loin. Le service de la faune de l’État de Washington décrit, pour les animaux en général, un relâcher sur place une fois l’entrée bouchée. Le manuel du Nebraska préfère un lieu plus éloigné, mais il vise des espèces américaines. Les deux s’accordent sur un point : l’entrée doit être fermée, sinon l’animal peut revenir.

Ne la gardez pas enfermée. L’université du Montana rappelle qu’elle est particulièrement exposée à la famine dans un piège, à cause de son métabolisme. Si vous utilisez un piège à capture vivante, prenez le plus petit modèle. Le manuel du Nebraska cite une recommandation de contrôle quatre fois par 24 heures, avec du coton dans le piège. Ne partez pas en laissant un piège armé.

Si l’animal semble blessé ou s’il s’agit de très jeunes, appelez un centre de soins pour la faune sauvage plutôt que de le garder.

Boucher les accès : ce qui empêche le retour

Ce qui arrête une souris arrête aussi une musaraigne, indique le manuel du Nebraska. Il cite un grillage à mailles de 6 mm sur les entrées possibles et de la laine d’acier tassée dans les petits trous. Une petite espèce peut demander des mailles plus fines. Vérifiez le bas des portes, les passages de tuyaux et les soupiraux.

Autour de la maison, gardez l’herbe courte le long des murs, ce qui réduit l’abri et la nourriture. L’office de santé de Bavière conseille aussi de retirer ce qui attire les musaraignes : compost, déchets et nourriture d’animaux laissés dehors.

Une musaraigne grimpe-t-elle au mur ?

Nous n’avons trouvé aucune source fiable sur ce point pour les espèces françaises. Le manuel du Nebraska rapporte seulement que deux espèces d’Amérique du Nord peuvent grimper dans les arbres pour atteindre un nid. Ne supposez donc pas qu’une ouverture placée un peu au-dessus du sol est hors de portée.

Musaraigne : quel danger pour l’homme ?

La morsure. Une musaraigne peut mordre si on la saisit ou qu’on la manipule, note le manuel du Nebraska. Ses dents sont petites et pointues. En cas de morsure, demandez conseil à un médecin ou à un pharmacien, et appelez le 15 en cas de réaction grave.

Le venin. Il concerne surtout la crossope aquatique. La Mammal Society décrit une salive légèrement toxique, et une morsure capable de provoquer chez l’homme une rougeur douloureuse. La LPO indique que cette espèce a la salive la plus toxique des musaraignes d’Europe. Dans tous les cas, évitez le contact direct, sans chercher à identifier l’espèce.

Les maladies. Une transmission est possible, mais peu documentée, dit le manuel du Nebraska. Un cas précis est connu dans les pays voisins : la crocidure leucode (Crocidura leucodon) est le seul réservoir connu du bornavirus BoDV-1, responsable d’encéphalites très rares chez l’homme, selon l’office de santé de Bavière. Il signale le virus en Allemagne, en Autriche, en Suisse et au Liechtenstein, avec au plus 7 cas aigus par an en Allemagne depuis 2020. Les sources que nous avons lues ne permettent pas d’établir que ce virus circule chez les musaraignes en France, ni un risque pour la population française.

Crotte de musaraigne : comment la reconnaître ?

Elle peut être torsadée en tire-bouchon, indique le manuel américain du Nebraska, et certaines espèces reviennent déposer au même endroit. Ce caractère ne suffit pas à identifier l’animal, et sa taille non plus. Une petite crotte foncée, sous un évier ou dans un placard, vient donc peut-être d’une souris : vérifiez sur notre page crotte de souris.

Pour nettoyer, appliquez les mêmes précautions : aérez, portez des gants, humidifiez avant de ramasser, ne balayez pas à sec. Pour une musaraigne morte, l’office bavarois recommande de vaporiser d’abord un produit nettoyant et de la saisir avec un sac plastique retourné. Le sac fermé part ensuite avec les ordures ménagères. Dans sa région, où le virus décrit plus haut circule, il conseille aussi des gants jetables et un masque FFP2 ajusté.

Bébé musaraigne : que faire ?

Une crocidure musette a 2 à 4 portées par an, de 2 à 9 petits, de février à octobre, selon l’atlas de la LPO. Chez la musaraigne carrelet, les jeunes sont sevrés vers 25 jours. Ils suivent parfois leur mère en file, chacun tenant la base de la queue du précédent, décrit la Mammal Society.

Une famille en file se déplace : laissez-la passer. La LPO ne donne pas de consigne propre aux musaraignes, mais on peut suivre sa règle pour les jeunes mammifères : observer d’abord, limiter le contact, porter des gants si c’est nécessaire. Pour le loir, le lapin ou le hérisson, elle considère un petit seul, les yeux fermés et presque sans poils, comme en détresse. Faites de même et contactez un centre de sauvegarde.

La musaraigne est-elle un nuisible ? Est-elle protégée ?

Aucune musaraigne ne figure parmi les espèces susceptibles d’occasionner des dégâts (ESOD). C’est le terme juridique de ce qu’on appelle couramment les « nuisibles ». L’arrêté du 10 août 2026 en fixe la liste par département : on y trouve le renard, la fouine, la martre, la belette et des oiseaux.

Deux espèces sont protégées. L’article 2 de l’arrêté du 23 avril 2007 cite, parmi les soricidés, la crossope de Miller et la crossope aquatique, sous les noms de musaraigne de Miller et musaraigne aquatique. Il interdit notamment de les détruire, de les capturer et de les transporter, et de dégrader leurs sites de reproduction et de repos. Aucune espèce des genres Crocidura, Sorex ou Suncus n’y figure.

Comme ces espèces sont difficiles à distinguer, restez prudent près de l’eau. Une musaraigne noire et blanche près d’un ruisseau ou d’une mare est peut-être une crossope : laissez-la tranquille et ne posez pas de piège à proximité.

Crossope aquatique vue de trois quarts dans un récipient transparent : dos noir, bande blanche sur le flanc, museau pointu, longues moustaches et longue queue
Une crossope aquatique dans un récipient transparent, au Royaume-Uni : dos noir, ventre clair, longue queue. Elle vit au bord de l'eau et est protégée en France. Photo : James T M Towill, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons (redimensionnée).

Pièges et raticides : à ne pas utiliser à tort

La mort-aux-rats. Un raticide est autorisé pour des espèces précises, inscrites dans sa décision et sur son étiquette. Sur le produit grand public dont nous avons lu la décision de l’Anses, l’organisme cible est la souris domestique, et l’agence relève un risque pour les organismes non cibles. Une musaraigne n’y figure pas. Aux États-Unis, le manuel du Nebraska notait déjà qu’aucun poison n’était homologué contre elle. Voir aussi notre page raticide.

La tapette. Elle tue la musaraigne qui passe. Vérifiez donc quel animal vous avez avant d’en poser une : le mode d’emploi de notre page piège à souris concerne les souris, et une musaraigne dans la cuisine ne justifie pas forcément un piège mortel.

La glu. Notre page sur les pièges à souris la déconseille déjà, car l’animal pris ne meurt pas vite.

Les répulsifs et les ultrasons. Le manuel du Nebraska n’indique aucun répulsif homologué contre les musaraignes. Le service de la faune de l’État de Washington rappelle que les appareils à ultrasons n’ont pas fait leurs preuves. Une entrée bouchée reste plus sûre.

Les erreurs à éviter

  • Traiter une musaraigne comme une souris : regardez le museau avant d’acheter un piège ou un poison.
  • La saisir à mains nues : elle peut mordre, et l’office de santé de Bavière le déconseille.
  • La garder pour la nourrir : elle doit manger toutes les 2 à 3 heures et risque vite la famine une fois enfermée. Relâchez-la, ou appelez un centre de soins si elle est blessée.
  • Détruire une crossope près d’un ruisseau ou d’une mare : l’espèce est protégée.

Sources

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