Aller au contenu

Scolopendre dans la maison : reconnaître la scutigère, savoir si elle est dangereuse et l'éviter

Mis à jour le

En brefLe « scolopendre » aux longues pattes qui file sur un mur de salle de bain est en général la scutigère véloce (Scutigera coleoptrata) : 2,5 à 5 cm, 15 paires de pattes, inoffensive pour l'homme et chasseuse d'insectes. La vraie scolopendre (Scolopendra cingulata), au corps plat et large, vit dehors dans le Midi ; sa morsure est très douloureuse. Contre la scutigère, on assèche la maison plutôt que de traiter.
Scutigère véloce sur un mur blanc : corps allongé à bandes sombres, quinze paires de longues pattes rayées et deux très longues antennes
Photo : Gilles San Martin, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons (redimensionnée).

Une « scolopendre » qui traverse le mur de la salle de bain à toute vitesse, avec des pattes partout, est presque toujours une scutigère véloce. Elle fait peur, mais elle ne s’attaque ni à vous, ni à vos meubles, ni à vos animaux. Une scolopendre dans la maison est-elle dangereuse ? Tout dépend de l’espèce : la scutigère est inoffensive, la vraie scolopendre du Midi beaucoup moins. Sa présence peut signaler des coins frais et humides, et d’autres petites bêtes à manger.

Scolopendre ou scutigère : qu’avez-vous vu ?

Le mot « scolopendre » sert, dans le langage courant, pour tous les grands mille-pattes rapides. Les spécialistes, eux, distinguent plusieurs groupes de chilopodes. Les deux qui intéressent les habitants en France n’ont pas grand-chose en commun.

La scutigère véloce, celle des maisons

La scutigère (Scutigera coleoptrata) est l’animal des murs et des plafonds. La station agronomique du Connecticut la décrit ainsi :

  • un corps de 2,5 à 5 cm (1 à 2 pouces), marqué de trois bandes sombres sur la longueur ;
  • 15 paires de longues pattes rayées, une paire par segment ;
  • deux antennes aussi longues que les pattes, si bien qu’on ne sait pas de quel côté est la tête.

Santé Canada donne les mêmes mesures. En France, la synthèse sur les chilopodes d’Auvergne-Rhône-Alpes, rédigée par Étienne Iorio et Guillaume Jacquemin en 2024, la classe parmi les espèces très communes. Elle vit « majoritairement en milieu urbain et péri-urbain (maisons, granges…) ». Les auteurs ajoutent qu’elle est moins répandue que d’autres chilopodes dans la nature, « hormis dans les habitations ».

La vraie scolopendre, celle du Midi

La scolopendre (Scolopendra cingulata), ou scolopendre méditerranéenne, est un autre animal. Selon la même synthèse, c’est une espèce méditerranéenne qui aime la chaleur et les milieux ouverts. Elle atteint au sud de la région Auvergne-Rhône-Alpes la limite nord de son aire connue en France. Les observations réunies par le GBIF viennent presque toutes du pourtour méditerranéen : Bouches-du-Rhône, Hérault, Gard, Aude, Pyrénées-Orientales, Var et Vaucluse. On la croise dehors, sous une pierre, dans le bois, au jardin, plutôt que sur le mur d’une chambre.

Elle n’a pas l’allure de la scutigère : un corps plat et allongé, avec une paire de pattes par segment, comme le décrit Santé Canada pour les scolopendres en général.

Scolopendre méditerranéenne sur une écorce : corps plat et large à anneaux bleu-vert et jaunes, tête et dernières pattes orangées
La vraie scolopendre (Scolopendra cingulata), espèce méditerranéenne : corps plat et large, aux anneaux colorés. Rien à voir avec la fine scutigère des maisons. Photo : davidfdz_b82, CC BY 4.0, via Wikimedia Commons (redimensionnée).

Le GBIF, infrastructure mondiale de données sur la biodiversité, recense des observations des deux espèces en France. Cette page porte sur la France métropolitaine : les scolopendres d’outre-mer n’y sont pas traitées.

Et le « mille-pattes » ?

Le mille-pattes au sens strict (un diplopode) a un corps rond, deux paires de pattes par segment, se déplace lentement et s’enroule quand on le dérange. Santé Canada précise qu’il ne survit pas longtemps dans une maison, où l’air est trop sec. La scutigère, elle, file et se cache.

La scutigère est-elle dangereuse ?

Non, pour l’immense majorité des cas. La fiche du Connecticut indique qu’une piqûre de scutigère sur un humain est très rare. Quand elle arrive, c’est qu’on a manipulé l’animal sans précaution. Elle peut causer une douleur passagère, à l’endroit touché.

Santé Canada va dans le même sens. Au pire, la piqûre ressemble à celle d’une abeille et les symptômes disparaissent en quelques heures. Elle est aussi sans danger pour les chats et les chiens.

La scutigère ne cause aucun dégât. Elle ne mange ni bois, ni tissu, ni nourriture, et n’abîme pas la maison, rappelle la fiche du Connecticut.

Morsure de scolopendre : à prendre au sérieux

Comme tous les chilopodes, la scolopendre porte sous la tête une paire de crochets venimeux, des pattes transformées appelées forcipules, rappelle la fiche du Connecticut. Des médecins militaires d’Aubagne et de Nîmes ont décrit un cas dans La Revue du Praticien en 2018. Ils parlent d’une douleur fulgurante et d’un gonflement qui s’étend.

Selon eux, l’évolution est « habituellement favorable en quelques jours ». Des complications locales, et plus rarement générales, restent possibles.

Que faire si vous êtes piqué ? Ce n’est pas à une page web de vous soigner :

  • en cas de malaise, de gêne pour respirer ou de réaction de tout le corps, appelez le 15 ;
  • en cas de douleur intense, de gonflement important ou de symptômes qui s’aggravent, appelez un centre antipoison ou consultez rapidement un médecin ;
  • pour une simple question sur une piqûre, le centre antipoison peut aussi vous conseiller.

Les mêmes auteurs conseillent de secouer vêtements et chaussures avant de les enfiler dans les régions où vit l’espèce. Ils recommandent aussi de porter des gants pour jardiner ou déplacer des pierres.

Pourquoi une scutigère chez vous ?

Elle cherche trois choses : de l’humidité, de l’obscurité et des proies.

L’humidité et le noir. D’après la station du Connecticut, la scutigère préfère les endroits frais, humides et sombres : caves, sous-sols, salles de bain du rez-de-chaussée. Santé Canada cite aussi le pourtour des évacuations et le dessous des planchers. Elle se cache dans les fissures et derrière les plinthes, parfois sous l’écorce du bois de chauffage.

L’automne. Santé Canada note qu’elle entre dans les maisons à l’automne. Elle vit aussi toute l’année à l’intérieur : la fiche du Connecticut précise que, dans les régions tempérées, elle se développe surtout en intérieur.

Les proies. C’est une chasseuse. Elle mange des larves de blattes, des punaises de lit, des mouches, des fourmis, des araignées et des poissons d’argent, énumère la fiche du Connecticut. Si vous en voyez souvent, regardez aussi ce qu’elle trouve à manger chez vous.

Elle est surtout active la nuit et très méfiante. La fiche du Connecticut estime que la plupart des scutigères qui vivent dans une maison ne sont jamais vues.

Scutigère véloce posée sur une planche de bois, dos à bandes sombres et longues pattes rayées
Scutigère véloce sur du bois : on distingue les bandes sombres du dos et les pattes rayées, de plus en plus longues vers l'arrière. Photo : Holger Krisp, CC BY 4.0, via Wikimedia Commons (redimensionnée).

Comment éviter les scutigères ?

Les insecticides ne sont pas recommandés contre elle, ni par la station du Connecticut ni par Santé Canada. Ce dernier explique que ces animaux meurent vite de déshydratation dans une maison sèche. Les gestes utiles portent donc sur l’humidité et les entrées.

  1. Assécher les pièces humides : ventilateur ou déshumidificateur dans le sous-sol et la salle de bain, aération après la douche.
  2. Réparer les fuites et traiter les causes d’humidité de la cave.
  3. Boucher les fissures des fondations et les jours autour des tuyaux, de préférence avant l’automne.
  4. Dégager le pied des murs dehors : feuilles mortes, planches, tas de bois posés contre la façade. Santé Canada conseille aussi de laisser sécher le sol entre deux arrosages.

Pour en sortir une sans la toucher, posez un verre dessus, glissez une feuille de carton dessous et relâchez-la dehors.

Ces mêmes gestes valent contre les autres petites bêtes qui aiment l’humidité, comme le cloporte ou le poisson d’argent. Si vous voyez beaucoup d’araignées en même temps, notre page sur l’araignée de maison explique ce qu’elles font chez vous.

Les erreurs à éviter

  • Pulvériser un insecticide dans la salle de bain : ce n’est pas recommandé, et cela ne règle pas l’humidité qui l’attire.
  • L’attraper à mains nues : c’est presque la seule façon de se faire piquer.
  • La confondre avec la scolopendre du Midi : une scutigère sur un mur de salle de bain n’est pas une scolopendre méditerranéenne.
  • Ignorer une présence fréquente : plusieurs scutigères par semaine signalent souvent une cave humide ou d’autres petites bêtes dont elle se nourrit.

Sources

À lire aussi