Aller au contenu

Poisson d'argent (lépisme) : le reconnaître, ce qu'il abîme et comment s'en débarrasser

Mis à jour le

En brefLe poisson d'argent (Lepisma saccharina) est un petit insecte argenté d'environ 1 cm, sans ailes, qui sort la nuit dans les pièces humides. Il ne pique pas et ne transmet pas de maladie. Il ne se multiplie bien qu'au-dessus de 75 % d'humidité : aérer, réparer les fuites et assécher suffit souvent. Le lépisme gris, plus grand et plus terne, se contente d'un air moins humide et abîme davantage livres, papiers et cartons.
Poisson d'argent sur une surface blanche : petit insecte gris argenté en forme de carotte, deux antennes à l'avant et trois filaments à l'arrière
Photo : Donald Hobern, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons (redimensionnée).

Un poisson d’argent, c’est le petit insecte gris argenté qui file sous la baignoire quand vous allumez la lumière de la salle de bain. Il ne pique pas, ne mord pas et ne transmet pas de maladie. Sa présence signale surtout une pièce trop humide, et c’est par là qu’on s’en débarrasse.

À quoi ressemble un poisson d’argent ?

Son vrai nom est lépisme argenté (Lepisma saccharina). Santé Canada le décrit comme un insecte plat et sans ailes :

  • un corps en forme de carotte, effilé vers l’arrière, d’un peu plus de 1 cm ;
  • des écailles argentées à reflets métalliques, d’où son nom ;
  • deux longues antennes à l’avant et trois longs filaments à l’arrière.

L’agence allemande de l’environnement (Umweltbundesamt, UBA) donne 9 à 11 mm sans les antennes ni les filaments. Il se déplace vite, en ondulant comme un poisson, et sort surtout la nuit.

Poisson d'argent posé à côté d'une règle graduée : le corps mesure à peine un centimètre
Poisson d'argent à côté d'une règle : environ un centimètre de long, sans compter les antennes et les filaments. Photo : bemma, CC BY 4.0, via Wikimedia Commons (redimensionnée).

Les « bébés » poissons d’argent ressemblent aux adultes, en plus petit, précise Santé Canada. Ils n’ont pas de stade de larve ni de chenille. Les œufs, blanchâtres et ovales, mesurent environ 0,8 mm.

Poisson d’argent ou lépisme gris ?

Depuis quelques années, une autre espèce, plus grande, est de plus en plus signalée dans les logements : le lépisme gris (Ctenolepisma longicaudatum, nom autrefois écrit longicaudata). L’UBA note qu’on le rencontre de plus en plus depuis quelques années. Aux Pays-Bas, Bruce Schoelitsz et M. Brooks ont montré en 2014 que le public en envoie bien plus pour identification que de lépismes argentés. Il vit selon eux dans les logements modernes. Le GBIF, base mondiale d’observations naturalistes, recense aussi des observations en France.

Lépisme gris sur une plinthe : corps allongé gris-brun moucheté, antennes et trois filaments arrière presque aussi longs que le corps
Lépisme gris (Ctenolepisma longicaudatum) : plus long et plus terne que le poisson d'argent, avec des antennes et des filaments très longs. Photo : Kieran Roy Powell, CC BY 4.0, via Wikimedia Commons (redimensionnée).

Voici comment les distinguer, d’après l’UBA et le site britannique de conservation des collections What’s Eating Your Collection :

Poisson d’argent (lépisme argenté)Lépisme gris
Taille adulte9 à 11 mm sans les filamentsEnviron 15 mm (12 à 20 mm)
CouleurGris argenté, écailles brillantesPlutôt brun que gris argenté
Antennes et filamentsLongsPlus longs encore
Humidité qu’il lui fautPlus de 75 % pour pulluler55 à 80 %, air plus sec toléré
Où on le voitSalle de bain, cuisine, caveAussi dans les pièces à vivre
DégâtsEn général faiblesPapier, livres, cartons, papier peint

Le site britannique signale aussi, chez le lépisme gris, une rangée de soies autour de la tête et sur les côtés du corps. À l’œil nu, la différence n’est pas toujours facile : une loupe aide.

Une troisième espèce de la même famille, la thermobie (Thermobia domestica), recherche les endroits très chauds. Santé Canada la décrit grise ou brune, sans reflet, près des chaudières, des fours et des chauffe-eau. Selon l’UBA, elle aime les températures de 30 à 40 °C.

Pourquoi des poissons d’argent chez vous ?

La cause principale est l’humidité. L’UBA donne des chiffres précis pour le lépisme argenté :

  • il vit entre 75 et 97 % d’humidité relative, et ne peut pulluler qu’au-dessus de 75 % ;
  • en dessous de 30 %, il ne se reproduit plus ;
  • il n’est plus actif sous 10 °C.

Pour l’UBA, une présence massive révèle le plus souvent un défaut du logement : dégât des eaux ou aération insuffisante. Santé Canada cite les éviers, les baignoires et les maisons neuves dont le plâtre n’a pas fini de sécher. Les lépismes se cachent dans les fissures, derrière les plinthes, sous les planchers. Le lépisme gris se rencontre aussi dans les pièces à vivre et les rangements. Ils suivent les tuyaux de la cave au rez-de-chaussée.

Ils arrivent aussi avec des cartons, de vieux livres, des papiers ou des meubles, note Santé Canada. Pour le lépisme gris, l’UBA met en cause les colis en carton ondulé et les emballages.

Leurs populations grandissent lentement. Une forte infestation veut donc dire, selon Santé Canada, qu’ils sont là depuis longtemps. L’université de Californie prête au lépisme argenté une durée de vie d’environ trois ans.

Que mangent-ils, et quels dégâts ?

Ils mangent ce qui contient de l’amidon ou du sucre. Santé Canada et l’université de Californie citent les miettes, la farine, les céréales, la colle des livres et des papiers peints, le papier, l’amidon des vêtements, la poussière. L’UBA ajoute les cheveux, les peaux mortes et les acariens. Ils peuvent tenir plusieurs mois sans manger.

Les dégâts du poisson d’argent sont en général faibles. L’UBA estime qu’une présence normale n’abîme rien. L’université de Californie décrit leurs traces : des trous irréguliers dans le papier, gratté plutôt que mordu, et des écailles près des objets touchés. Chez le poisson d’argent, les dégâts deviennent sérieux dans les grosses infestations anciennes, d’après Santé Canada.

Le lépisme gris abîme davantage. L’UBA lui attribue des dégâts importants sur les livres et les papiers peints. C’est un insecte des livres et des archives : il mange le papier, les reliures et les cartons de rangement, même dans des pièces assez sèches.

Poisson d’argent dans le lit : est-il dangereux ?

Non. Santé Canada le dit inoffensif pour l’homme, et l’UBA indique qu’aucune de ces espèces ne présente de risque pour la santé. Le poisson d’argent ne pique pas, ne mord pas et ne se nourrit pas de sang.

Si vous en trouvez un dans le lit, ce n’est pas lui qui cause des boutons. Des piqûres alignées au réveil font plutôt penser à la punaise de lit, un tout autre insecte.

Comment se débarrasser des poissons d’argent ?

1. Faire baisser l’humidité

C’est la mesure prioritaire, sans laquelle aucun résultat ne dure. Elle va de pair avec le nettoyage des cachettes et le colmatage des fentes. L’université de Californie la juge indispensable : sans elle, les grosses populations sont difficiles à faire reculer.

  • Aérez la salle de bain après chaque douche, et chauffez un peu les pièces humides. L’UBA conseille d’aérer en grand, fenêtres ouvertes quelques minutes.
  • Réparez les fuites sous l’évier, autour de la baignoire, au pied des WC.
  • Isolez les tuyaux froids qui condensent, et passez un déshumidificateur dans une cave ou une buanderie.

2. Nettoyer et boucher les cachettes

  • Passez l’aspirateur souvent, derrière les appareils, dans les placards et les tiroirs (Santé Canada).
  • Bouchez les fentes des plinthes et les jours autour des tuyaux (UBA, université de Californie).
  • Rangez les aliments secs dans des boîtes bien fermées.
  • Ne gardez pas les cartons : l’UBA conseille de jeter vite les emballages en carton ondulé, et de ne pas stocker papiers et cartons à l’air libre.

3. Repérer et piéger

Santé Canada propose un piège simple : un petit pot en verre entouré de ruban adhésif à l’extérieur, avec un peu de nourriture au fond. Posé ouverture vers le haut là où vous les voyez, le pot les attire. Ils grimpent le ruban, tombent dedans et ne peuvent pas remonter le verre lisse. L’université de Californie cite aussi les pièges collants à blattes, placés dans les angles.

Ces pièges servent surtout à repérer les zones de passage et à vérifier que vos mesures marchent. Ils en capturent quelques-uns, mais ne remplacent pas la baisse de l’humidité.

4. Les insecticides, en dernier recours

L’université de Californie réserve les insecticides aux grosses infestations, appliqués dans les fentes et les cachettes. Elle juge les appâts peu efficaces et déconseille les diffuseurs automatiques, dits fumigènes. Santé Canada prévient que l’effet n’apparaît qu’après 10 à 14 jours, le temps que les insectes sortent des murs. Si vous utilisez un produit, choisissez-en un prévu pour cet usage à l’intérieur et suivez son étiquette.

Pour les objets précieux (livres, papiers), l’UBA évoque la congélation progressive des objets touchés. Pour des documents anciens ou de valeur, demandez conseil à un professionnel de la conservation. Contre le lépisme gris, elle juge la lutte très difficile et conseille de faire appel à un professionnel de la désinsectisation.

Les erreurs à éviter

  • Traiter sans assécher : tant que la pièce reste humide, les lépismes reviennent.
  • Garder des piles de cartons à la cave ou au grenier : abri et nourriture à la fois.
  • Paniquer pour un individu : un poisson d’argent de temps en temps dans une salle de bain ne fait en général pas de dégâts notables.

Les poissons d’argent font partie des proies de la scutigère, souvent appelée scolopendre. Si vous voyez aussi des cloportes, l’humidité est sans doute la cause commune.

Sources

À lire aussi